Diagnostic du cancer du sein

Est-il possible de détecter (on considère qu’environ 5% à 10% des cancers ne sont pas détectés par la mammographie) et de caractériser les tumeurs par leurs propriétés mécaniques ? Existe-t-il des variables biomécaniques dont les valeurs sont caractéristiques de certains types tumoraux ? Une réponse positive à la première question pourrait amener une méthode de détection des tumeurs non irradiante et efficace chez la femme jeune (intérêt chez les femmes porteuses d’une mutation génétique de cancer du sein chez qui le dépistage débute à un âge jeune et à un rythme annuel à vie, avec des sensibilités rapportées faibles de la mammographie et de l’échographie) ; une réponse positive à la seconde améliorerait la spécificité du diagnostic évitant des interventions inutiles. C’est précisément à ces deux questions que les techniques d’élastographie, c’est-à-dire d’imagerie des propriétés élastiques des tissus, cherchent actuellement à répondre.
L’intérêt de ces techniques semble immédiat pour l’aide au diagnostic cancer du sein, tant l’acte de palpation est présent dans ce domaine. IL est connu que certains carcinomes peuvent atteindre une dureté jusqu’à trente fois supérieure à celle des tissus sains environnant. Au delà de cette application, le foie est également un organe d’intérêt, les propriétés mécaniques étant rapidement modifiées en cas de fibrose, de sclérose et de dégénérescence tumorale. En dehors des organes palpables, d’autres organes tels que le poumon peuvent être stimulés mécaniquement par voie externe et on peut envisager, sinon de dépister les tumeurs pulmonaires, du moins de déterminer leur retentissement sur les propriétés mécaniques et donc fonctionnelles du tissu pulmonaire. Par sa position superficielle au contact de la paroi thoracique, le cœur peut également être stimulé et donner lieu à une caractérisation biomécanique des pathologies myocardiques.
Lorsque l’imagerie par échographie ultrasonore s’est généralisée en milieu hospitalier à la fin des années 70, on a cru, un peu hâtivement, que les images ultrasonores allaient apporter des informations précises sur l’élasticité des tissus et donc permettre un diagnostic utile en cancérologie. Bien que, dans certains cas, ces images soient très utiles pour détecter la forme d’une lésion, il faut bien reconnaître que les plus grands succès de l’échographie ultrasonore restent plutôt dans les domaines de la cardiologie et de l’obstétrique.

Imager l’élasticité des tissus in vivo avec une précision millimètrique sans rien changer à l’examen échographique conventionnel est devenu une réalité avec l’imagerie ultrasonore ultrarapide et avec le mode « supersonic shear imaging ». Des premiers essais cliniques [1] ont été réalisés en collaboration avec l’Institut Curie (Dr. A. Tardivon et A. Athanasiou) sur une centaine de patientes dans le cadre du diagnostic du cancer du sein. Les résultats sont extrêmement prometteurs. Au delà de ces études préliminaires, une étude multicentrique sur plus de 1800 patientes a confirmé l’Intérêt de cette technique pour améliorer la spécificité du diagnostic..

L’exemple suivant illustre pleinement ces résultats prometteurs dans le cadre du diagnostic du cancer du sein. On y remarque la capacité du mode d’élastographie à imager avec une très bonne résolution les contrastes de dureté d’une lésion.

Fig1. Carcinome canalaire invasif du sein. Imagerie échographique (en niveau de gris) et imagerie d’élasticité superposée (en niveau de couleur). Le contraste sur l’image d’élasticité est très important, avec des contours de la lésion très durs et un centre mou. Le centre mou correspond à une zone nécrosée confirmée à l’histologie.

Les approches utilisant l’IRM sont elles aussi prometteuses notamment dans le cadre du diagnostic du cancer du sein. Entre les 2 modalités d’imagerie (Ultrasons et IRM), qui pourront délivrer une image des propriétés viscoélastiques des tissus, il existe cependant une très grande différence de prix et d’encombrement. Bien qu’aujourd’hui l’IRM permette de délivrer une information 3D au prix d’un temps d’acquisition assez long, les nouveaux développements de la technique ultrasonore sont en passe de donner aussi une telle information 3D mais dans un mode rapide et avec une résolution spatiale plus fine.


[1] M. Tanter, J. Bercoff, A. Athanasiou, T. Deffieux, J.-L. Gennisson, G. Montaldo, M. Muller, A. Tardivon, M. Fink.
Quantitative assessment of breast lesion viscoelasticity : initial clinical results using supersonic shear imaging
Ultrasound Med Biol., Vol.36(9), pp. 1373-1386, Septembre 2008

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